Chapitre 11

Août 8, 2021 | Un village si paisible

Maurice regardait la policière, sans crainte, ni aménité. Cette nana au genre costaud ne l’impressionnait pas. Elle avait demandé à le voir et il la recevait. Dans son bureau.

A la maison, ça sentait décidément trop le vinaigre désormais. Louise n’avait pas apprécié sa tentative d’approche l’autre nuit, mais alors là pas du tout. Il ne savait pas non plus ce qui lui avait passé par la tête. Cela faisait des lustres qu’il n’y avait plus rien entre eux alors pourquoi ? depuis quelques temps, elle avait changé sa femme ; elle n’était plus la Louise docile à laquelle il s’était habitué.

A l’usine en revanche, son autorité était indiscutable et il entendait montrer à cette fliquette qui était le patron. Avec son allure un peu garçonne, c’était sûrement une gougnotte en plus. Pouah ! ne manquerait plus qu’il se laisse impressionner par ce type de bonne femme. Pas vilaine de figure, les cheveux courts bien sûr, une jolie bouche, des lèvres plutôt sensuelles que gâchait un regard déterminé. Ça se gâtait encore en descendant au niveau des épaules (larges) et de ses bras terminés par des mains puissantes qui avaient laissé une raideur dans la sienne après une poignée un peu trop vigoureuse. La poitrine était dissimulée par un sweet-shirt sans forme et le derrière emprisonné dans un de ces jeans confortables et élastiques qu’affectionnait sa bourgeoise depuis qu’elle flirtait avec la taille 42. Rien de très affriolant. Il ne parlait même pas des baskets, sûrement pratiques pour la course mais pas sexy pour un sou.

  • Vous connaissez la jeune Léa Kalinqi je crois ?

Il tiqua. Elle ne pouvait ignorer la réponse à cette question bien sûr ; ayant interrogé son fils à deux reprises déjà, elle avait forcément entendu parler de ce que tout le monde murmurait depuis plusieurs semaines.

  • En effet ; un peu, reconnut-il, en quoi cela vous intéresse-t-il ?

Elle n’eut pas l’air surpris et poursuivit son idée.

  • J’interroge toutes les personnes qui peuvent me dire quelque chose à propos des habitudes de cette jeune fille et il n’y en a pas tant que cela.
  • S’il s’agit de ses habitudes, je ne peux guère vous avancer moi non plus.
  • Vous rendez pourtant de régulières visites à sa mère.

Voilà ! c’était dit. Et alors ?

  • Je rends visite à une locataire qui vit dans un de mes immeubles.
  • Et paie un loyer misérable.

Comment le savait-elle ?

  • Est-ce un crime que d’aider une femme dans la peine ?
  • Ce n’est pas un crime et vous agissez comme vous l’entendez, mais j’aimerais bien que vous collaboriez un peu plus gracieusement avec la police que je représente, en répondant à mes questions.
  • Je ne fais que cela !
  • Vous savez très bien ce que je veux dire.

Maurice se redressa dans sa chaise et soupira.

  • Très bien, sa mère est mon… amie. Je… nous avons une relation. Tout le monde le sait et ma femme s’en fout puisqu’elle m’a annoncé dimanche qu’elle me quittait.

A quoi bon tergiverser ? il n’en n’avait rien à fiche de ce que cette gouine pensait.

  • J’ai donc toutes les raisons de croire que vous connaissez un peu mieux sa fille que la plupart des gens.
  • Connaître c’est vite dit ! C’est une spéciale cette Léa.
  • Spéciale comment ?

Il eut besoin de réfléchir un instant avant de répondre.

  • Elle est… hautaine, distante, pas facile. Je sais qu’elle ne m’apprécie pas parce qu’elle ne s’en cache pas. Elle se montre polie, mais tout juste.
  • Vous avez une idée d’où elle pourrait se trouver ?

Le regard qu’il lui jeta aurait dû la déstabiliser, cela marchait habituellement très bien ce regard-là, mais la fliquette ne broncha pas, elle attendait simplement sa réponse.

  • Non je… n’en sais rien du tout.
  • Elle aurait pu s’enfuir d’après vous ?
  • Sans doute ; elle avait assez de caractère pour ça. Seulement…
  • Seulement ?
  • Je ne pense pas qu’elle resterait si longtemps sans donner de nouvelles à sa mère. Elles sont très proches.

Mathilde acquiesça.

  • Vous ne l’appréciez pas beaucoup n’est-ce pas ?

Il ne chercha pas à nier.

  • Elle rend ma relation avec sa mère… plus compliquée !

La question suivante le laissa sans voix.

  • En somme, sa disparition vous arrange ?

En sortant de cet entretien, Mathilde dut s’avouer qu’elle n’était guère avancée. Maurice Baron ne s’intéressait pas à la petite, mais si sa disparition ne paraissait pas beaucoup l’affecter, il n’était pas suffisamment haineux, ni fou pour avoir tenté quoique ce soit contre elle ; elle en était convaincue.

La tête qu’il avait poussée quand elle lui avait demandé s’il avait quelque chose à voir avec la disparition de Léa ! c’était bien le seul moment où elle avait vraiment eu l’impression de le déstabiliser.

En dehors de cela, l’homme était plus désagréable que méchant. Son regard, qui l’avait quasiment déshabillée quand elle était entrée dans son bureau, l’avait vivement dérangée. Ensuite elle avait perçu autre chose, comme une cassure chez cet homme. Comme quelqu’un qui avait longtemps vécu sur des convictions et se rendait subitement compte qu’il avait choisi la mauvaise route.

Il lui avait avoué avoir offert le vélo à la petite dans le but de la gagner à sa cause. Apparemment cela n’avait pas fonctionné, mais il ne semblait pas non plus lui en tenir rigueur et se disait heureux de l’avoir vue sourire, car Léa n’avait montré sa joie qu’avec sa bicyclette.

Tout à la fin, lorsqu’elle avait pris congé, Mathilde avait été surprise de l’entendre insister pour qu’ils retrouvent la petite.

  • Sa mère est dévastée, mettez tous les moyens en œuvre je vous en conjure.

Vraiment pas méchant et presque… tendre lorsqu’il parlait de Madgeta.

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

1 Commentaire

  1. HEUSCH

    Ahh enfin, un semblant d’humanité chez cet homme . Ça rassure

    Réponse

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