Chapitre 14

Août 29, 2021 | Un village si paisible

Louise avait pris le taureau par les cornes. Pour provoquer des rencontres, il fallait se sentir bien dans sa peau et la sienne englobait quelques kilos en trop, c’est pourquoi elle avait souscrit un abonnement au Fitness Gold Gym d’Echallens. Le club se situait à quelques pas de chez elle et les horaires, très accommodants, lui permettaient de fréquenter la salle aussi bien de bonne heure le matin qu’assez tard le soir, c’était parfait.

Elle avait remarqué que la salle était pleine entre 16 et 20h. Au-delà ne restaient que les mordus et les séances de groupes. Tant qu’elle ne travaillait pas, elle se fixa une heure chaque matin, afin de prendre le rythme et obtenir rapidement des résultats.

C’est ainsi qu’elle fit la connaissance de Miroslav. Ce charmant jeune homme ne devait pas avoir beaucoup plus de 25 ans et s’entraînait avec une ferveur au moins aussi grande que Louise, mais avec davantage de résultats, à voir les muscles qu’il arborait non seulement sur ses bras, mais également sur son torse que dissimulait très peu le marcel élimé et plaqué par la sueur.

Louise tentait de détourner les yeux, mais n’y parvenait pas toujours. Aucun mot n’avait jamais été échangé entre eux durant toute une semaine. Puis arriva le jour où elle se trouva à l’accueil derrière lui, témoin d’une scène qui lui en apprit plus qu’elle n’aurait voulu sur le bel athlète.

  • Vous devez remplir le formulaire, répétait patiemment la réceptionniste pour la troisième fois.

Le type secouait la tête, imperméable semblait-il, à l’insistance de la jeune femme qui tentait pourtant de se faire comprendre en articulant bien et parlant lentement.

  • Pas français.

dit-il seulement, en levant les bras dans un geste d’impuissance et se retournant en même temps vers Louise qui attendait derrière lui, comme pour la prendre à témoin.

Elle jugea alors bon d’intervenir.

  • Je peux peut-être donner un coup de main…
  • Si vous connaissez la langue que parle ce monsieur, ce sera parfait, ironisa la réceptionniste.

Louise fit comme si elle n’avait rien entendu et s’adressa à l’homme.

  • Sprechen Sie Deutsch ?[1]

La physionomie de l’interpelé s’éclaira d’un coup et il répondit, toujours avec un fort accent qui rendait la compréhension difficile.

  • Ja, aber diese verdammte Frau versteht überhaupt nichts, das ist wahnsinnig! [2]

Louise leva les yeux au ciel, les familiarités en langue étrangère n’étaient pas sa tasse de thé non plus. Elle se tourna néanmoins vers la jeune femme qui feignait maintenant de s’intéresser à autre chose.

  • Donnez-moi ce formulaire.

Munie de la feuille et d’un stylo, elle fit signe à l’homme de s’asseoir en face d’elle à la petite table ronde qui meublait un coin de la pièce, sur deux chaises qui avaient connu des jours meilleurs.

Après une dizaine de minutes, elle put rendre la feuille à la réceptionniste qui parut satisfaite. L’athlète qui s’entraînait depuis plus d’une semaine au même horaire qu’elle était croate, avait 26 ans, était venu en Suisse pour travailler dans le bâtiment, un de ses oncles possédant une entreprise de construction, et avait appris un peu l’allemand en arrivant, mais ne connaissait pas le français après six semaines en Romandie où un nouveau chantier les avait conduits, son oncle, lui et plusieurs compatriotes. Sa parenté avec le chef lui permettait de jouir de quelques privautés, comme pouvoir s’entraîner le matin, avant de rejoindre l’équipe. Il avait toujours été sportif et tenait à maintenir son niveau.

Il la remercia chaleureusement et lui proposa de lui offrir un café après l’entraînement. Louise hésita, mais il insista et elle finit par accepter.

L’embarras qu’elle éprouva en entrant dans le bar, regrettant déjà de l’avoir suivi et songeant qu’elle devait ressembler à une mère sortant avec son fils, fondit comme neige au soleil, au contact de ce jeune homme chaleureux et spontané, dès qu’il lui parla d’une jeune épouse restée au pays et de deux enfants qui lui manquaient.

  • Pourquoi ne viennent-ils pas vivre ici ? demanda Louise en allemand.
  • Ma femme est très proche de sa famille, elle a peur de s’ennuyer en Suisse. Elle viendra peut-être si j’ai un appartement, une vie normale. Pour l’instant je dors chez mon oncle, j’économise de l’argent.
  • Le temps doit vous paraitre long parfois.

Il haussa les épaules.

  • C’est pour ça que je travaille le plus possible, ça passe plus vite.

Louise ne parla pas de son divorce en cours, mais mentionna son fils Bastien.

  • Nous ne vivons plus ensemble, mais il viendra me voir ce week-end.
  • Il a quel âge ?
  • Seize ans.
  • Qu’est-ce qu’il fait ?

La question lui parut surprenante.

  • Il étudie encore pour le moment.

Puis, tandis qu’ils discutaient de tout et de rien, son esprit se mit à vagabonder. Elle avait étudié les lettres et s’était autrefois destinée à l’enseignement, sans jamais pratiquer. Pourquoi ne pas donner quelques cours à ce jeune homme qui prétendait vouloir s’installer en pays de Vaud. Il disait que les gens ici lui paraissaient plus ouverts et chaleureux qu’outre Sarine. Sans plus y réfléchir, elle lui proposa :

  • Cela vous intéresserait de prendre des cours de français ?
  • Avec vous ?

Il la regarda au fond des yeux et elle rougit, sans répondre.

  • Ce serait formidable ! répondit-il avec cet enthousiasme auquel elle commençait à s’habituer.
  • Alors topez-là, on commence quand vous voulez.

[1]  Parlez-vous allemand ?

[2] Oui, mais cette foutue bonne femme ne comprend rien du tout, c’est dingue !

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

5 Commentaires

  1. Francoise Tschantz-Smaniotto

    C’est trop court 😂😂😂! 😘

    Réponse
  2. Lambercier Maruska

    Coucou Delphine, comme je te l’avais dit, j’attendais d’être en vacances pour commencer ton dernier ouvrage et bien sûr comme je me l’attendais, je reste sur ma fin car cette dernière histoire est tout aussi captivante que les deux premières mais là, c’est encore plus difficile de devoir attendre….
    Mais comme le dit le proverbe de ce pays que j’aime tant 😉 la patience est un chemin d’or 😉 à bientôt pour la suite…. Bisous 😘😘😘

    Réponse
    • delphine

      dans quelques minutes la suite, chère Maruska ! et passe de très belles vacances, je t’embrasse

      Réponse
  3. Caroline HEUSCH

    Ouh la la ,cela va devenir chaud !!!!

    Réponse
    • delphine

      faut ce qu’il faut 🙂 bisous

      Réponse

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