Chapitre 16

Sep 12, 2021 | Un village si paisible

Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes, 

« Non ! pas dans ce sens-là ; maintenant, il faut mettre les femmes en premier. C’est ridicule, mais on n’y coupe pas. »  Maurice biffa les premiers mots de son discours et recommença :

Mes chères concitoyennes, mes chers concitoyens,

A cet instant de confrontation, je sais pouvoir compter sur vos voies, mes fidèles amis …

« oups ! ça fait beaucoup de « mes », voilà qui pourrait passer pour présomptueux. Enlever mes fidèles amis… ? non pas ça ! je ne peux pas écrire simplement : « fidèles amis » cela ne vaut plus rien. » Il reprit depuis le début. »

Chères concitoyennes, chers concitoyens,

A cet instant de confrontation, je sais pouvoir compter sur vos voies, mes fidèles amis, vous qui m’avez déjà soutenu et porté durant deux précédentes législatures. C’est dans les vieilles marmites que se fait la meilleure soupe…

« vieille ? insinuer qu’il était vieux ; pourquoi se scier ainsi ? » Traçant un trait par-dessus sa dernière phrase, il continua :

Depuis des années, vous saluez mon esprit d’entreprise, soutenez mes campagnes et me démontrez par tous les moyens votre indéfectible fidélité sur laquelle je suis certain de pouvoir une fois encore…

  • Papa !

Excédé, Maurice lâcha son stylo et se retourna en direction de la porte, malheureusement laissée ouverte, de son bureau.

  • Qu’est-ce que tu veux ?
  • Y’a quoi à bouffer ?

Il regarda sa montre. « Merde ! déjà ? ». Il referma le bloc sur lequel il peinait depuis plus d’une demi-heure, le plaça dans un des tiroirs de son secrétaire, puis descendit en se demandant ce qu’il allait cuisiner.

Après plusieurs semaines de malbouffe, père et fils avaient tenu conseil et s’étaient engagés à préparer un repas digne de ce nom en alternance, chaque jour de la semaine. Or ce jour tombait sur lui et il n’avait pensé qu’à son fichu discours. Louise semblait pourtant les écrire avec tellement de facilité ! Il aurait bien pris le risque de copier sur un précédent, or non seulement il était incapable de remettre la main dessus, mais aucun n’aurait convenu, puisque c’était la première fois qu’il se battait contre un concurrent pour « son » poste de syndic. Il lui faudrait trouver des arguments imparables. Pour le moment un autre problème, plus immédiat celui-ci, se posait à lui : que diable allait-il cuisiner pour lui et Bastien ?

  • Salut fils, interpela-t-il celui-ci à son arrivée dans la cuisine.
  • Tcho p’pa.
  • Tu pourrais lever le nez de ton portable quand tu me salues ?

Il s’exécuta, sa bouche mima un sourire que les yeux ne suivirent pas, puis il rebaissa les yeux sur son téléphone, visiblement bien plus intéressant que son paternel.

Chapitre 17

Louise se leva sur un coude pour observer l’homme qui dormait à ses côtés. Elle n’avait rien vu venir ! Leur relation s’était pourtant établie dans le plus grand respect de part et d’autre, et ce dès le début des cours de français qu’elle lui donnait dans son salon, depuis qu’ils avaient constaté l’un et l’autre n’être jamais suffisamment tranquilles au bistrot.

Miroslav apprenait vite, s’appliquait ; elle voyait qu’il appréciait particulièrement la lecture, ce qui était de bon augure pour apprendre un français un peu plus châtié. Une amitié, ou plutôt une camaraderie s’était instaurée entre eux, comme cela se passait généralement entre un prof et son élève quand le courant passait bien. Et puis il y avait eu ce soir.

Elle l’avait accueilli comme d’habitude, aimablement, lui préparant une tasse de thé et s’installant face à lui, elle lui avait posé la question banale et rituelle que tout le monde pose :

  • Comment ça va ?

Là le grand athlète, le beau gosse toujours de bonne humeur et si content de la vie s’était répandu en larmes, écroulé sur la table, sanglotant comme un enfant qu’elle n’avait su que prendre dans ses bras pour le consoler. Ils s’étaient déplacés dans le canapé où Miroslav lui avait raconté son malheur, en allemand toutefois, ses progrès en français ne lui permettant pas encore de former de longues phrases. Sa si jolie femme, mère de ses deux adorables petits bambins, s’était éprise d’un autre homme et demandait le divorce.

  • Je suis désespéré ! se lamentait le beau gosse en étreignant Louise toujours plus fort.

Elle n’avait su que dire, le choc devait effectivement être brutal. Cette épouse qui n’avait pas voulu rejoindre son mari, se disant trop attachée à sa famille, lui avait déjà paru suspecte auparavant ; à la lumière de sa trahison, on pouvait en tous cas déduire que la belle s’était vite consolée.

Louise n’avait pas osé parler de sa supposition au pauvre mari éploré dont l’étreinte la troublait plus qu’elle n’aurait voulu. Depuis le temps qu’elle ne s’était pas retrouvée dans les bras d’un homme ! Certes, il s’agissait là d’un câlin de réconfort auquel il ne fallait prêter aucune autre signification, cependant elle avait songé que l’étreinte durait un peu trop longtemps et s’apprêtait à se dégager, quand il avait saisi son visage entre ses deux mains et collé sa bouche sur la sienne. Sans réfléchir, elle avait ouvert les lèvres et laissé une langue chaude et humide la pénétrer. Elle ne se souvenait pas comment elle s’était retrouvée dans son lit, entre les bras d’un Miroslav aussi nu qu’elle, mais la suite n’avait été qu’une succession de sensations presque oubliées dont elle ne parvenait pas à croire qu’elle les avait partagées avec l’Apollon qui se trouvait encore endormi à ses côtés.

Elle l’observa : ses cheveux noirs aux boucles rebelles, son beau visage aux traits si fins ; ses cils sombres, son nez légèrement busqué, ses lèvres pleines, son menton volontaire, sa peau dorée, ses épaules carrées, son ventre musclé et souple, son…

Elle sentit l’excitation la gagner et ferma les yeux. Jamais, en observant du coin de l’œil Miroslav pendant ses entraînements, elle n’avait osé imaginer qu’elle et lui… il était marié et apparemment fou de sa femme, c’était quelque chose d’impossible ! et pourtant. Elle ne put résister à rouvrir les yeux et tendre la main en direction du corps magnifique… découvrant alors que son amant ne dormait pas. Il la regarda, un sourire coquin étirant ses lèvres et demanda en français :

  • Encore ?

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

1 Commentaire

  1. HEUSCH

    Coquine , vas!!! On sent l expérience !!!Hum, le vécu, tout cela est charmant … on en redemanderait !!!!
    J’aime l’humour avec lequel tu décris le Baron essayant d’écrire son discours .
    Bisou bisou

    Réponse

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