Chapitre 18

Sep 19, 2021 | Un village si paisible

Mathilde jeta un coup d’œil sur le garçon qui attendait dans la salle d’interrogatoire. Il était venu de lui-même, s’était annoncé à la réception et avait demandé à parler avec la responsable de l’enquête.

Elle était impatiente de l’entendre ; depuis un moment, tout lui donnait l’impression de tourner en rond. « Pourvu que ce témoignage nous permette d’avancer », se dit-elle en poussant la porte de communication.

Un quart d’heure plus tard, elle sortit triomphante et rejoignit en quelques enjambées Alain qui, derrière la vitre sans tain n’avait pas perdu une miette de l’interrogatoire.

  • Tu te rends compte ? il nous manquait cela depuis le début ! grâce à ce témoignage spontané, on connaît l’heure à laquelle Léa est partie de la fête et aussi la direction qu’elle a prise. Jason n’était pas soul, lui, et il a tout vu et a même tenté de la suivre.
  • Dommage que vous ne l’ayez pas interrogé avant.
  • Il n’était pas sur la liste, j’ignore pour quelle raison.
  • Vous l’aviez établie comment cette liste ?
  • D’après le témoignage des quelques premiers interrogés.
  • Qui étaient ?
  • Bastien Baron, entre autres.
  • Encore lui, toujours lui !
  • Comme tu dis !

Elle allait le cuisiner celui-là ; il s’était bien foutu d’elle. D’après Jason, ce n’était pas Bastien qui avait eu l’idée de la farce à jouer à Léa, mais il ne s’était pas fait prier pour participer. Et dans la grange, au dernier moment, il s’était laisser enfermer avec elle, mais apparemment les choses n’avaient pas tourné comme il l’escomptait.

  • Qu’est-ce que tu espérais ? demanda-t-elle à l’intéressé un peu plus tard, après qu’il eut été « invité à suivre » les collègues dans la voiture de police qu’elle lui avait envoyée.

Il avait perdu de sa superbe, mais tentait encore de résister et garda le silence.

  • Tu te croyais des droits sur elle parce qu’elle était la fille de la maîtresse de ton père ?

Le regard noir qu’il lui lança en aurait découragé plus d’une.

  • Je ne suis pas comme lui ! cria-t-il avant de laisser tomber le masque (enfin) et de se mettre à pleurer.
  • Je ne voulais pas que cela se termine comme ça, je voulais lui dire que je regrettais de l’avoir laissé tomber et espérais même qu’elle accepterait de recommencer avec moi, mais quand j’ai voulu la toucher elle m’a repoussé, on est tombés dans la paille, elle s’est mise à crier, je sentais qu’elle flippait complètement. Alors je l’ai attrapée dans le noir, j’ai plaqué ma main sur sa bouche pour qu’elle se taise et elle a complètement paniqué.
  • Qu’est-ce qui s’est passé ensuite ?
  • J’ai même pas eu le temps de lui parler, les autres ont rouvert la porte, je l’ai lâchée et ai vu son expression… dégoûtée. Puis elle s’est levée et a couru dehors. Je me sentais vraiment minable.
  • Mais pourquoi ?
  • Parce que je l’avais plaquée juste après avoir… enfin ce soir-là on avait…

Il s’empêtrait, rougissait, bafouillait. Mathilde l’aida.

  • Couché ensemble ?

Il acquiesça.

  • Et pourquoi tu l’avais plaquée, puisque tu tenais à elle ?

Il regarda la policière comme si elle ne comprenait rien à rien.

  • On ne pouvait plus être ensemble, vu que mon père et sa mère… c’était dégueu ! du moins, c’est ce que j’ai pensé d’abord.

Mathilde s’imagina le désarroi de la jeune fille, la cruelle déception qu’elle avait pu éprouver, après s’être donnée à ce garçon qui se révélait être encore tellement gamin ! elle préféra changer de sujet :

  • Pour en revenir au soir de sa disparition, qu’est ce qui s’est passé quand vous êtes sortis de la grange ? insista-t-elle.
  • Après ? Les filles l’ont pas loupée ; elles se sont moquées d’elle, l’ont traitée de salope.
  • Et comment a réagi Léa ?
  • Elle a ramassé son vélo et est partie seule dans la nuit, comme si elle avait le diable à ses trousses.
  • Tu n’as pas essayé de la défendre ?

Il secoua la tête, mortifié.

  • Tu as au moins vu dans quelle direction elle est partie ?
  • Non. J’étais énervé parce qu’elle m’avait repoussé et je faisais le con avec les autres, on a vidé pas mal de bières et quand ceux de Ferrare sont arrivés en bagnole, complètement bourrés ; on s’est un peu pris la tête.
  • C’est qui ces gars ?
  • Il y avait Mino, Pascal et le dernier… Noé je crois.
  • Tu les connais bien ?

Il haussa les épaules.

  • Pas plus que ça ; ils trainent surtout dans les bistrots à boire des bières, jouer au flipper et quand ils arrivent à une fête, ils sont toujours saouls.

Petit à petit, le scénario s’écrivait dans la tête de Mathilde, il allait lui falloir mettre la main sur ces gars et elle sentait que son enquête progresserait.

  • Merci Bastien, tu y as mis le temps, mais tes informations sont précieuses et vont nous permettre d’avancer, tu es certain de m’avoir tout dit cette fois ?

Il hocha la tête.

  • Ok, mais n’oublie pas : si tu te souviens de quelque chose d’autre…
  • Je vous appelle, je sais.
  • Bon, tu peux rentrer chez toi maintenant.
  • Je vais chez ma mère ce week-end.
  • Tu es content ?

Le demi sourire qu’il lui fit valait toutes les réponses ; il avait beau vouloir jouer les durs, une part de lui demeurait en enfance.

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

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