Chapitre 4 et 5

Juin 27, 2021 | Un village si paisible

Une semaine plus tard.

Mathilde Aguilera n’avait pas chômé depuis une semaine, mais son inquiétude n’avait cessé d’augmenter, alors qu’on restait sans nouvelles et qu’à mesure que les jours passaient la mère de Léa devenait l’ombre d’elle-même.

La policière commençait à croire que la petite était morte, mais gardait cela pour elle.

Il lui semblait inconcevable d’avouer ses soupçons, de briser les derniers espoirs de cette mère éplorée, sans le moindre indice, la plus petite piste prouvant un accident ou une agression. Il fallait cependant envisager que quelque chose de grave justifiait l’absence qui s’éternisait. Mais un accident laissait des traces que ni elle, ni ses collègues n’avaient été en mesure de relever sur les routes environnantes. Le violent orage qui avait éclaté dans la journée de dimanche y était sans doute pour quelque chose : la pluie était tombée avec une redoutable violence durant une bonne demi-heure et si des traces avaient existé avant cela, elles devaient avoir complètement disparu.

Les jeunes du village avaient été interrogés en présence d’un de leurs parents. La police avait cherché à savoir quelle avait été la dernière personne en contact avec Léa, qui s’était effectivement rendue à cette fête de village, où plusieurs garçons et filles reconnaissaient l’avoir aperçue, mais nul ne pouvait dire quand elle était repartie et avec qui. Pour un peu, Mathilde aurait soupçonné un complot, mais il ne fallait rien exagérer. On était à Campagnole, pas à Chicago.

Le téléphone portable de la petite avait été saisi, cependant aucune piste ne partait de là non plus.

Elle avait parlé des heures de sa fille avec Madgeta, et éprouvait non seulement de la compassion, mais aussi de la sympathie pour cette mère célibataire si courageuse et tellement dévastée par la disparition de son enfant unique.

Selon elle, Léa n’avait pas donné l’impression d’être emballée de participer à cette fête. Pas autant qu’elle l’aurait dû, avait-elle précisé en larmes, regrettant amèrement de l’avoir convaincue :

« Trouve des amis au village. » avait-elle dit à sa fille ce samedi soir, dix jours auparavant.

–             Pourquoi ? elle n’en avait pas ? avait questionné Mathilde.

–             On était à Lausanne, avant. Léa était triste de quitter la ville, elle avait son école, ses amis, tout ! Ici seulement son vélo la rend heureuse.

Des recherches avaient été menées également autour de l’ancien domicile des Kalinqi, mais n’avaient malheureusement pas abouti. Pas davantage que l’appel passé par la TSR en soirée, avant et après le TJ du soir.

Ils avaient reçu quelques coups de fils loufoques, comme à chaque fois, de personnes qui « pensaient » avoir croisé Léa et d’autres qui se figuraient pouvoir suggérer à la police comment poursuivre les recherches !

Mathilde soupira et se replongea dans la lecture des comptes-rendus d’auditions.

Chapitre 5

Louise Baron était occupée à trier des objets. C’était proprement hallucinant, tout le fourbi que l’on se mettait à conserver quand on vivait dans une maison ! Les jouets de Bastien prenaient une place considérable au grenier et elle l’avait engagé le matin même pour qu’il désigne ce qu’il fallait débarrasser et ce qui était encore suffisamment en état pour l’offrir à une ONG pour réfugiés.

Il avait filé à la piscine dès le repas de midi avalé et elle ne l’avait pas retenu. On ne pouvait tout de même pas exiger d’un jeune qu’il reste enfermé une journée entière avec sa mère en plein été ! il lui avait déjà consacré sa matinée et elle lui en était reconnaissante.

Elle lui avait d’ailleurs trouvé triste mine. La disparition de cette fille y était-elle pour quelque chose ? quand elle lui avait posé la question, il avait nié avec un peu trop de véhémence à son goût ; en était-il amoureux ? son garçon ne lui paraissait pas encore s’intéresser beaucoup aux filles, cependant cette disparition pouvait l’avoir choqué. Elle avait essayé de l’interroger, mais c’était peine perdue. Il s’était refermé comme une huître. Exactement comme son père ! il n’en menait pas large, ces jours-ci Maurice. Sa belle ne devait pas se montrer très câline avec ce qu’elle était en train de vivre. Malgré elle, une pointe de compassion envahit son cœur. Comment se comporterait-elle si son fils unique, son Bastien chéri disparaissait ?

Heureusement qu’il n’en était rien. Il lui fallait rester concentrée pour mener son projet à bien. Dans sa tête, son départ était décidé et elle mettait tout en place, très gentiment. D’où ces tris qui avaient commencé ce weekend où pour une fois elle n’était engagée nulle part, et qu’elle poursuivrait jusqu’à avoir décidé de l’avenir de chaque objet. Une bonne partie partirait aux œuvres d’entraide, certaines resteraient dans la maison, pour le peu de cas que Maurice en faisait ! quant à ceux qu’elle allait emporter, elle veillait à ce qu’ils soient à la fois pratiques, peu encombrants et si possible à son goût.

Quasiment tous les livres lui appartenaient, mais elle n’allait pas tout emporter, seuls quelques-uns, ses préférés, la suivraient dans son nouveau lieu de vie : comment se passer des neuf livres de cet auteur trop tôt disparu dont elle s’était découvert l’âme-sœur à travers ses œuvres, Dan Chartier ? Ils trouveraient un coin dans son nouveau chez-elle, de même que la saga des enquêtes autour de pierres précieuses célèbres, menées par le prince Morosini de Venise et son ami Adalbert, personnages savoureux de la non-moins regrettée Juliette Benzoni ! 

Louise considéra le travail déjà accompli. Elle n’en avait pas trié la moitié. Pas grave, petit à petit, l’oiseau fait son nid, elle avait le temps. De toute manière, elle attendait d’être fixée sur la pension que lui devrait Maurice avant de rechercher un logement. Elle voulait quitter le village, changer complètement de vie, mais il fallait que son nouveau domicile soit proche d’une gare, pour que Bastien, qui allait probablement vouloir rester au village, puisse venir quand il le souhaitait.

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

1 Commentaire

  1. Caroline

    J’ai eu un sourire ému en lisant le nom de Dan Chartier….que de souvenirs….
    Vivement dimanche pour la suite de ton roman….j’aime beaucoup …baccioni

    Réponse

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