Chapitre 6

Juil 4, 2021 | Un village si paisible

Mathilde tenait entre ses mains le compte-rendu d’audition du fils du syndic ; document bien maigre et très décevant. Ce jeune Bastien qu’elle avait personnellement interrogé s’était montré plutôt arrogant. C’était un joli garçon, mais son attitude desservait la grâce que la nature lui avait attribuée. Elle en avait connu, des gars comme lui, qui croyaient que tout leur était dû et que les autres n’étaient nés que pour les admirer, les servir et leur permettre de briller. Cependant chez ce, somme toute, très jeune homme, elle soupçonnait une confiance en soi affectée pour cacher un sentiment bien différent. Elle avait senti la peur et aussi qu’il lui dissimulait quelque chose.

Que redoutait-il ? Savait-il quelque chose à propos de la disparition de Léa ? Il avait d’abord prétendu la connaître à peine, avant de se rétracter. Mathilde le lui avait fait remarquer et il avait ri, en prétendant avoir « tellement de copines » qu’il ne savait plus toujours exactement qui était qui, il confondait.

Elle avait eu du mal à le croire. Pour qui ce gamin la prenait-il ? Une bleue ?

Elle n’avait pas pu l’interroger comme elle l’aurait souhaité, car son père l’accompagnait et l’homme ne lui était pas sympathique ; une arrogance pire que celle du gamin et un regard de concupiscence qui avait presque fait regretter à Mathilde son uniforme de gendarme.

La transition à la Sûreté cantonale ne s’était pas déroulée aussi bien qu’elle l’espérait. Ayant pourtant rencontré plusieurs de ses nouveaux collègues au cours de leur formation commune à l’école de Savatan, elle avait espéré être reçue avec davantage d’enthousiasme, mais avait dû déchanter rapidement. L’enthousiasme n’était pas ce qui prévalait dans les bureaux du CB de la Blécherette ! Heureusement qu’on l’avait « décentrée » sur le Nord vaudois. L’ambiance était nettement plus détendue ici. Et puis il y avait Alain, son chef. Ça c’était un homme ! Hautement compétent, ne refusant jamais un conseil, mais n’interférant pas lui-même dans une discussion qui ne concernait pas directement son secteur, il donnait à Mathilde l’impression qu’elle se montrait à la hauteur en toute circonstance et cela lui faisait un sacré bien ; elle se sentait valorisée, sentiment qui n’avait pas toujours été présent au cours de sa carrière dans la police. Elles avaient beau être de plus en plus nombreuses à choisir la profession, agent de la paix restait avant tout un métier masculin, avec un machisme omniprésent et un net avantage en faveur des hommes qui montaient en grade plus facilement, en particulier dans la gendarmerie. Elle avait pourtant bien apprécié ses années en tant que gendarme, sachant toutefois saisir sa chance quand on lui avait proposé d’intégrer la Sûreté, considérant malgré elle qu’il s’agissait d’une sorte de promotion, ayant toujours aimé mener des investigations qui restaient la spécialité de ce corps de police, même si les gendarmes avaient le droit de démarrer des enquêtes que la sûreté ne reprenait que quand elles devenaient longues ou compliquées. Ce qui semblait être le cas de l’enquête actuelle qu’Alain lui avait officiellement confiée :

–             La disparition d’une jeune fille, c’est dans tes cordes et puisque tu as déjà reçu la mère à la garde…

–             Bon. Et je tu me laisses quels collègues pour m’aider ?

–             Prends Sylvain et Daphné pour recueillir les témoignages, après on verra.

Deux jeunes collègues sympas et compétents ; très bien. A trois, ils avaient couvert tout le périmètre autour du lieu présumé de la disparition de Léa, interrogé toutes les personnes susceptibles d’avoir vu ou de savoir quelque chose, mais à présent Mathilde se retrouvait seule à ruminer le peu de résultats obtenus, les autres étant partis en renfort sur une affaire de mœurs.

« Je me demande si je ne vais pas retourner au village pour tenter de surprendre ce Bastien » se demanda-t-elle en rangeant son bureau. Un autre des jeunes interrogés avait prétendu que lui et Léa étaient proches, alors il fallait le confondre, essayer de le provoquer. Elle voulait voir comment réagirait le garçon pris sur le vif.

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

1 Commentaire

  1. Francoise Tschantz-Smaniotto

    Un peu court ce chapitre 6😉 ! Il va falloir attendre une semaine pr la suite ! Mais bon, ça va puisque je ne le lis qu’aujourd’hui et que ns sommes déjà samedi 😀. Me réjouis demain ! Merci pr ce rdv du dimanche 😘

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