Chapitre 9

Juil 25, 2021 | Un village si paisible

Dans le village, deux semaines après la disparition. 

Jason s’en voulait d’avoir eu la langue trop leste. Pourquoi avait-il laissé entendre à la police que son pote Bastien et la jeune Léa étaient proches ? il était pourtant bien placé pour savoir que c’était de l’histoire ancienne. Quand elle était arrivée au village, tous les garçons auraient voulu sortir avec elle ; carrément canon, la fille portait en plus de petites jupes courtes et des t-shirts moulants, se maquillait, alors lui et ses potes en avaient déduit qu’elle était à point, qu’il ne restait plus qu’à la cueillir. Et c’était bien entendu Bastien qui avait remporté la palme ! Pendant quelques semaines, lui et Léa étaient tout le temps fourrés ensemble et d’un coup fini ! plus rien ! quand son pote lui en avait expliqué la raison, il avait pigé. Ce qu’il comprenait moins, c’était pourquoi les copains et lui avaient eu l’idée de cette farce idiote qui s’était si mal terminée. Léa avait paniqué et ensuite les filles l’avaient cassée, prétendant qu’elle « se croyait mieux que tout le monde ». Tout ceci était un beau gâchis !

Ça avait commencé comme toutes les histoires. On se met à parler des gens dans leur dos et voilà comme ça finissait ! ne pouvaient-ils pas simplement la laisser tranquille ? Pourquoi avait-il fallu qu’ils s’en prennent à elle ? Découvrir que sa propre mère couche avec le syndic, le père de son petit ami et que tout le monde le sait, devait déjà être lourd à porter, alors pourquoi en avoir rajouté une couche ?

Il s’en voulait d’avoir participé et ne cessait de se tourmenter depuis la disparition de Léa. C’était une fille gentille, pas souvent gaie, mais il aurait pu se montrer plus sympa, pas toujours se coller à la bande et agir comme les autres, décidément il avait honte et ce sentiment lui pesait.

Lassé de ruminer seul, il alla frapper à la porte de chambre de sa sœur, Maëlle.

–             Qu’est-ce que tu veux ?

Comment savait-elle que c’était lui ? Ah oui ! les parents étaient sortis ce soir.

–             Je peux entrer cinq minutes ?

Elle lui ouvrit.

–             Tu veux quoi ? répéta-t-elle, un peu excédée, passant sa tête par l’entrebâillement de la porte.

–             Je te dérange ? demanda-t-il en regardant derrière elle ; elle était seule, c’était déjà ça.

–             Non, ça va.

Et elle se poussa pour le laisser passer.

L’ordinateur était allumé et Jason se retrouva face au visage d’un rouquin à l’air sympathique qui le salua :

–             Hello you !

–             C’est qui ?

Demanda-t-il à sa sœur qui se replaçait face à son interlocuteur et les présentait.

–             Larry : Jason

Fit-elle en les désignant l’un à l’autre, my brother, ajouta-t-elle à l’attention du rouquin qui dévisageait Jason avec insistance.

–             Ok darling, see you next time ! ajouta-t-elle en faisant un signe de la main, avant d’éteindre son ordinateur.

–             Tu lui boucles au nez ? demanda Jason à sa sœur, outré.

–             Ça fait plus d’une heure qu’on cause, ça suffit pour aujourd’hui, c’est tout.

–             Mais c’est qui ce gars ?

–             Lui ? et d’abord qu’est-ce que ça peut te foutre ? Je t’en pose moi des questions ?

Jason se demanda, l’espace de quelques secondes, ce que sa frangine pouvait trouver à cet Anglais poil de carotte, puis revint à ce qui le préoccupait.

–             Tu la trouvais comment toi, Léa ?

–             Pourquoi tu parles d’elle au passé, elle est morte ?

Cette question le prit de court, il n’avait même pas envisagé cette possibilité. Et si elle était morte, justement ? ça expliquerait qu’elle n’ait pas encore donné de nouvelles à sa mère, à moins qu’elle l’ait fait et qu’il ne le sache pas… il ne savait plus, se sentait perdu.

–             J’espère pas, mais j’en sais rien du tout.

Maëlle dut se rendre compte que son frère n’était pas dans son assiette. Elle réfléchit avant de répondre.

–             Elle était en avance, par rapport aux autres filles, plus mûre, c’est pour ça que la plupart ne pouvaient pas la voir.

–             Comment tu le sais ?

–             Il m’est arrivé de discuter avec elle.

–             Quand ça ?

Elle haussa les épaules.

–             Je ne sais pas moi, une fois ou l’autre.

–             Et elle te racontait quoi ?

Maëlle le regarda d’un drôle d’air.

–             Ça t’intéresse tout d’un coup, les histoires de filles ?

Il s’y prenait mal, mais ce n’était pas facile d’avouer ce qu’il avait fait. Pourtant il se lança.

–             Tu te souviens qu’on avait insisté pour que toi et les autres convainquiez Léa de venir à la fête ?

Elle acquiesça.

–             On avait décidé de la piéger.

Elle ouvrit de grands yeux.

–             Comment ça ?

Il n’était pas à l’aise, mais préférait vider son sac, pour une fois que sa frangine l’écoutait.

–             La grange à Doudou, tu sais, celle qui est sombre, sans fenêtre et pleine d’araignées, on voulait l’enfermer dedans.

–             C’est complètement débile et immature, mais apparemment ça n’a pas fonctionné.

–             Les choses n’ont pas tourné comme on l’avait prévu, c’est vrai, mais pourquoi vous vous êtes foutues d’elle quand elle est ressortie de la grange ?

–             Tu aurais vu sa tête ! On aurait dit qu’elle avait vu un fantôme ! Et puis la paille dans ses cheveux, sur ses vêtements, comme sur ceux de Bastien… on avait pas mal bu et on s’est lâchées !

–             Un peu fort quand même !

–             Peut-être, convint-elle, avec une autre ça n’aurait pas été si loin, mais elle regardait tout le monde de haut et les filles ont sauté sur l’occasion de prendre leur revanche.

Jason soupira.

–             C’est pour ça que j’aurais voulu savoir comment toi, tu la trouvais.

Elle lui raconta. Léa avait grandi en ville et ne se plaisait pas à la campagne. Elle trouvait les mentalités rétrogrades et se sentait décalée. Les choses n’avaient fait qu’empirer depuis que sa mère couchait avec le père de Bastien, car les commérages, auxquels ceux du village étaient habitués, la blessaient terriblement et elle s’était encore repliée sur elle-même.

–             Le pire, c’est qu’elle avait justement un faible pour Bastien.

–             Ils sont même sortis ensemble avant tout ça.

Maëlle ouvrit de grands yeux.

–             Sortis ensemble ? tu veux dire…

Son frère détourna les yeux en haussant les épaules.

–             J’en sais rien moi ! je sais juste qu’ils étaient ensemble.

Elle poursuivit son idée, comme si elle n’avait pas entendu.

–             … c’est encore pire alors !

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

1 Commentaire

  1. Caroline HEUSCH

    Je trouve très chouette de faire intervenir d autres protagonistes, cela étoffe encore plus l intrigue …. je me réjouis de lire la suite…tu me tiens haleine, ma chère amie . bon, je retourne jouer avec Pipounette ahahahah

    Réponse

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Blog

Dans la même catégorie…

Chapitre 18

Chapitre 18

Mathilde jeta un coup d’œil sur le garçon qui attendait dans la salle d’interrogatoire. Il était...

Chapitre 16

Chapitre 16

Mes chers concitoyens, mes chères concitoyennes,  « Non ! pas dans ce...

Chapitre 15

Chapitre 15

L’identité de la victime ayant pu être formellement confirmée, l’enquête était relancée de plus...