Le serpent qui danse

Jan 30, 2022 | Mes lectures

Que j’aime voir, chère indolente, de ton corps si beau,

Comme une étoffe vacillante, miroiter la peau !

Sur ta chevelure profonde, aux âcres parfums,

Mer odorante et vagabonde, aux flots bleus et bruns,

Comme un navire qui s’éveille au vent du matin

Mon âme rêveuse appareille pour un ciel lointain.

Tes yeux, où rien ne se révèle de doux ni d’amer,

Sont deux bijoux froids où se mêle l’or avec le fer.

À te voir marcher en cadence, belle d’abandon,

On dirait un serpent qui danse au bout d’un bâton.

Sous le fardeau de ta paresse ta tête d’enfant

Se balance avec la mollesse d’un jeune éléphant,

Et ton corps se penche et s’allonge comme un fin vaisseau

Qui roule bord sur bord et plonge ses vergues dans l’eau.

Comme un flot grossi par la fonte des glaciers grondants,

Quand l’eau de ta bouche remonte au bord de tes dents,

Je crois boire un vin de Bohême, amer et vainqueur

Un ciel liquide qui parsème d’étoiles mon cœur !

extrait des « fleurs du mal » de Charles Beaudelaire

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

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