Prologue

Juin 6, 2021 | Un village si paisible

Une nuit d’été de samedi à dimanche.

Elle pédalait dans l’air encore tiède et chargé de senteurs estivales qui tentait de dépouiller ses cheveux des derniers brins de paille restés accrochés. Au loin résonnaient les cris des oiseaux nocturnes et de chaque côté du chemin ondulaient les champs de céréales prêts à être moissonnés. La fille fuyait dans le noir. Sa propre peur, les cris, les insultes. Pourquoi s’être laissé duper ainsi ? elle ne s’était pas méfiée et cela lui paraissait difficile à croire après coup. La porte s’était refermée, le noir avait tout envahi. Elle avait d’abord cru à une farce et n’avait pas bougé, pas dit un mot. Une ou deux minutes s’étaient écoulées et c’est alors qu’elle avait senti une présence, des mains l’avaient touchée et elle s’était affolée, avait tenté de se dégager et trébuché dans la paille. Mais l’autre était tombé également et avait tenté de la bâillonner. Elle avait alors hurlé de toute la force de ses poumons. Le souvenir de la peur ressentie lui donna la nausée, pourtant elle ne voulut pas ralentir, dans sa hâte de retrouver son lit et la sécurité de sa chambre. Le vélo était dépourvu de dynamo, mais elle connaissait le chemin par cœur et, surtout cette nuit, l’obscurité lui allait bien. Car elle n’était parvenue à ressortir indemne de cette grange que pour essuyer la moquerie et les méchancetés des autres jeunes, surtout les filles. Ces dernières l’avaient traitée de Marie-couche-toi-là et les garçons ne l’avaient pas défendue, ils riaient, goguenards, la panse remplie de bière.

On lui avait tendu un piège, elle le savait maintenant. Elle ignorait comment la porte s’était soudain rouverte ; elle s’était précipitée au dehors et avait compris alors que la personne enfermée avec elle n’était autre que celui qu’elle avait pris pour son ami. Mais cela, c’était avant. Avant qu’il ne se comporte comme son ennemi le plus acharné. Elle était déçue. Et triste aussi. Quoi qu’il en soit leur sortie remarquée de la grange, l’un après l’autre et tous deux couverts de paille, avait pu effectivement donner une fausse idée de ce qui s’était passé. Mais personne ne lui avait laissé l’opportunité de s’expliquer et elle n’avait su que fuir, aspirant pour une fois à retrouver ce foyer auquel elle peinait à s’attacher.  

Cela ne faisait pas très longtemps que sa mère et elle vivaient à Campagnole. Dès le début, elle avait regretté Lausanne, surtout pour les amis et aussi les facilités de la ville. Ensuite elle avait reçu son vélo et découvert une autre liberté : celle de parcourir les campagnes environnantes qui étaient si belles ! Il y avait le lac, non loin, bleu et limpide l’été, dans lequel il faisait bon se baigner, il y avait aussi la montagne, ce Jura aux couleurs changeantes au fil des saisons et surtout la forêt. Autour de chez elle, de nombreux sentiers et chemins forestiers invitaient les promeneurs à la balade, que ce soit à pied, à cheval ou à bicyclette et elle en profitait chaque fois qu’elle le pouvait.

Ce soir, elle s’était rendue à la fête de jeunesse à laquelle l’avaient conviée des filles du village. Encouragée par sa mère et tentée malgré tout, elle était partie sans méfiance.

Prenant une grande bouffée d’air, elle tenta d’effacer de son cœur les traces de cette cruelle déconvenue et embrassa brièvement du regard le ciel étoilé, cherchant à se sentir en osmose avec la nature environnante, se fondre en elle et oublier cette soirée.

Le vent de la course sifflait à ses oreilles ; entendit-elle dès lors le bolide lancé à toute allure et semblant surgir de nulle part ? Le choc l’envoya dans les airs en une fraction de secondes, puis une intense douleur la broya tout entière lorsqu’elle retomba lourdement sur le bitume. Un bruit métallique infernal résonna juste après ; elle ne l’entendit pas, ni ne perçut, quelques instants plus tard, les formes qui se penchaient sur elle.

Les étoiles dans le ciel continuaient à briller, continueraient encore pendant des millénaires, mais Léa avait cessé de respirer.

À propos de l’Auteure

Delphine croit en l’amitié et aux valeurs sincères, elle adore la Nature, les animaux et les sorcières, se passionne pour l’Histoire et toutes les bonnes histoires. 

12 Commentaires

  1. Christiane

    Vite vite la suite … tout est si bien écrit que j’étais déjà dans la campagne sous les étoiles en compagnie de Léa. Bravo

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    • delphine

      ma chère Christiane, merci pour ce compliment, la suite dimanche prochain sans faute, je t’embrasse fort en attendant et suis ravie de t’avoir parmi mes lectrices.

      Réponse
      • Karine

        Déjà charmée par l écriture et cueillie par l’histoire, j’ai hâte de connaître la suite. Un début prometteur…

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        • delphine

          Merci ma Karine, la suite d’ici cinq petits jours ! je t’embrasse

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  2. Suzanne Lia

    Impatiente de connaître la suite mais sans Léa c’est triste et surtout révoltant…

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    • delphine

      coucou Suzanne, ma foi il faut bien cela pour débuter une enquête… à dimanche prochain pour la suite ! bisous

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    • delphine

      hello Claude, oui c’est vrai, mais il faut bien cela pour qu’il y ait un début à mon enquête 🙂 amitiés !

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  3. Corinne

    À peine quelques lignes et me voici déjà plongée dans l’histoire et surtout impatiente d’en connaître la suite….

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    • delphine

      coucou Corinne, cela me ravit ! A la semaine prochaine sans faute ! bises

      Réponse
  4. Béa

    Trop bien Delphine! On est dedans tout de suite ! Ai l’impression de voir le film se dérouler, me réjouis de dimanche prochain! 😘😘
    Je ne peux pas m’empêcher de me demander si tu as déjà toute l’histoire écrite en toi!

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    • delphine

      Merci Béa, heureuse de te lire. Bien sûr que toute l’histoire est écrite… au fur et à mesure ce serait risqué 😉

      Réponse

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